« LESS IS MORE » ou « Apologie de la décroissance en photographie »

Chers photographes amateurs,

Voilà maintenant plusieurs mois (plusieurs saisons, même ! que le temps passe…) que je râle après mon cher appareil photo numérique reflex PENTAX K-30 adoré, qui jusqu’ici correspondait merveilleusement bien à mes besoins de photographe amateure et occasionnelle (en mode « rien pendant plusieurs semaines » puis soudain « 5000 photos par voyage »). Oui mais voilà : le mécanisme de mise au point de mon boîtier a un jour décidé de fonctionner, lui, en mode « approximatif »…

Là ou il y a de la rage, il y a de l’espoir

En bonne myope, après avoir spontanément douté de ma correction oculaire, et dûment vérifié celle-ci, je me suis mise à douter de mon équipement…  Doutes confirmés après l’implacable test de la page de livre (je sélectionne un collimateur sur une lettre précise d’un mot précis, la plus grande ouverture possible pour avoir la plus faible profondeur de champ possible, et voilà… qu’il me fait une relative mise au point, disons l’endroit le moins flou de la photo, sur une lettre située… 3 lignes plus haut !!). Envoi du boîtier au service maintenance RICOH (repreneur de la marque PENTAX, mais je ne vous apprends rien), révision complète du bazar, nouveau test à l’identique au retour… et conclusion dramatique : inutile d’espérer une résurrection, la « légère » amélioration de la netteté est vraiment trop insuffisante à mon goût, et présente toujours un décalage par rapport au collimateur.

Alors, je ne m’éterniserai pas sur les raisons de cette … obsolescence programmée ?,  utilisation non conforme ? La réponse restera éternellement hors de ma portée, la vérité aurait été douloureuse à entendre et sans aucun doute au détriment de la consommatrice raisonnée que je m’efforce d’être au quotidien.

Je trouve donc plus intéressant de vous faire partager les différentes réflexions qui ont progressivement mené à ma décision, certainement pas la plus répandue parmi les photographes amateurs après plusieurs années d’utilisation d’un reflex d’entrée de gamme, et certainement pas celle que les fabricants aimeraient voir se généraliser. De là à y voir là une réaction de rébellion à la société de consommation…

S’interroger sur ses besoins réels et motivations personnelles, indépendamment de l’offre disponible

Car voilà, à passer plusieurs mois sans prendre de photos, et bien, je dois avouer que non seulement j’ai survécu (facile vous me direz, je n’ai pas voyagé entre temps, les photos de voyage – mon thème de prédilection – ne m’auront donc pas trop manquées), mais j’en ai profité pour faire une petite introspection de mes besoins RÉELS.

Et je conseille à quiconque viendrait à manquer subitement de ce qui lui parait ABSOLUMENT INDISPENSABLE dans la pratique de son activité favorite, quelle qu’elle soit, de s’autoriser ce temps d’introspection, avant même de chercher une solution de remplacement à cet indispensable matériel. Absolument TOUT existe sur le marché, dès lors qu’on est prêt à y mettre le prix, mais TOUT ne correspond pas à VOS besoins). Les réponses qui naissent de ce questionnement sont parfois surprenantes, mais ô combien plus proche de VOTRE vérité personnelle.

Donc, qu’est-ce qui motive généralement un(e) photographe amateur(e), qui pratique la photo depuis quelques années déjà, et maîtrise relativement bien son boîtier, à changer de modèle ? Généralement, et dans l’espoir tout à fait sincère d’améliorer son niveau de maîtrise de ladite pratique, il/elle se met à rêver à un équipement techniquement plus évolué, plus récent, plus léger, plus… bref, « PLUS ». Ceci vaut probablement pour toute discipline artistique, sportive, etc. J’ai donc moi aussi naturellement pensé à remplacer mon boitier APS-C par un boitier moyen format d’une autre marque bien connue et vivante cette fois, mais les tarifs actuels m’ont fait hésiter pendant de nombreux mois. Mais qu’est-ce qui prend aux fabricants de complexifier à ce point les modèles même grand public, serait-ce pour le plaisir de « passer la barre » des 1000 €, une sorte de nostalgie malsaine du saut en hauteur ? Toujours plus d’options, toujours plus de boutons, pour un boitier toujours plus cher… Mes chers consommateurs, pour continuer à hésiter,  continuez à observer ce que vous pouvez trouver sur le marché !! En revanche pour trouver VOTRE solution idéale : interrogez-vous, VOUS…

Ne jamais faire un choix dans une période d’indécision

Cette looooongue hésitation a donc été le salutaire déclencheur d’une réflexion plus globale sur le sens (et le coût) de toute cette course à l’équipement. Pourquoi hésitais-je autant, moi qui suis plutôt d’un naturel à savoir très précisément ce que je veux avant tout achat ? Après tout, je disposais un très joli budget alloué à mon nouvel investissement, grâce à un généreux cadeau d’anniversaire, j’avais donc toute liberté pour me faire plaisir… Avais-je vraiment besoin d’un boitier moyen format, plus évolué, plus récent, plus rapide, avec différents objectifs plus lumineux, plus, Plus, PLUS…. ? Allait-il réellement me permettre de faire plus de photos, plus réussies ? Plus nettes, c’est sûr !

Indispensable vs superflu

Mais allait-il être l’allié idéal pour mieux apprécier mes voyages ? Depuis quelques années  la contrainte principale de nos voyages en famille à l’étranger est de s’équiper « léger », sans s’encombrer du superflu. Et beaucoup de choses deviennent très rapidement superflues, quand il s’agit de faire la guerre au poids et au volume de chargement, sur 2 motos, en intégrant au périple 2 adultes, 2 grands enfants, le matériel de camping / couchage / nourriture / eau potable / vêtements / douche / hygiène / lessive / premiers secours /mécanique / photo… pour tout ce petit monde.  Assurément, un matériel photo plus encombrant, lourd et complexe allait devenir superflu. Pour l’anecdote, les images réalisées dans les paysages les plus grandioses et difficiles d’accès ont été pris avec le smartphone de mon compagnon, car il aurait été bien trop « risqué » de garder mon reflex au cou…

S’amuser à envisager toutes les options possibles…

Le choix de la « montée en gamme » ainsi évincé, plusieurs solutions, plus ou moins radicales, s’offraient désormais à moi :

  • racheter un boîtier identique d’occasion à prix raisonnable sur le fameux bon coin, les objectifs et autres accessoires étant encore en parfait état. A très bas prix même, vu la vertigineuse décote de ce type d’appareil !! La mort de PENTAX y est sûrement pour quelque chose, moi-même j’en déduis qu’il vaut mieux passer mon chemin sur une marque qui, même aujourd’hui rachetée par RICOH, assure un service loin d’être suffisant en SAV.
  • m’autoproclamer précurseur(e) d’une nouvelle tendance photographique, le « flou artistique de voyage », et envelopper d’une aura particulière le moindre détail quotidien de nos roadtrips familiaux (« C’est quoi là bas au fond, sur l’arbre, un aigle royal ? »… « Heu, non, mon maillot de bain en train de sécher… »)
  • me contenter de mon smartphone. Alors là pas question, j’ai une dent contre ces machins qui nous suivent partout et savent tout de nous, c’est d’ailleurs pourquoi il est éteint quand je pars en voyage, et n’est rallumé qu’en cas de panne / urgence / besoin vital. Je tolère celui de mon aventurier préféré, à condition que soient désactivés la géolocalisation et le GPS, c’est dire. Je veux voyager sur des pistes, PAS être pistée en voyage.
  • AR-RE-TER LA PHO-TO. Qui ne figure pas à ma connaissance au niveau des besoins vitaux en base de la pyramide de Maslow. Ni en tête de la pyramide, ni aux niveaux intermédiaires d’ailleurs. Mon besoin sous-jacent véritable étant de m’exprimer, la photo n’est alors qu’un moyen parmi d’autres de m’exprimer, tout comme la peinture l’était pour moi il y a quelques années, et comme les dessins dans mon enfance. Ne suis-je d’ailleurs pas là en train d’utiliser un autre moyen pour m’exprimer, par l’écriture de mes ressentis et opinions ? Oui, j’ai donc été amenée jusqu’à imaginer arrêter de faire des photos en voyage, me « priver » du souvenir par l’image, comme pour mieux m’obliger à profiter du moment présent avec mes cinq sens, et pas uniquement avec ma seule vue…

… et revenir à la réalité

Ce choix vers toujours plus de légèreté et de simplicité ne se révèle pas seulement aujourd’hui en photographie, mais aussi et de plus en plus dans tous les domaines de ma vie. Pour autant, j’avoue que l’image me permet une fois revenue de raviver des souvenirs avec une efficacité surprenante. Je suis indéniablement une « visuelle » et ne suis pas (encore ?) prête à abandonner l’idée de voyager sans appareil photo à portée de main.

De nouveaux critères se présentaient donc à mesure que ma réflexion se concentrait sur mes vrais besoins photographiques en voyage : LÉGÈRETÉ, COMPACITÉ, SIMPLICITÉ, ROBUSTESSE… tout ce qu’un appareil reflex, encore moins moyen ou plein format, ou même un boîtier hybride, ne saurait m’apporter dans les prochaines années…

Alors, « montée en gamme » ou simplification volontaire ?

Aurélie GUILLON

(à suivre… Le minimalisme en voyage : compact expert VS appareil estampillé « baroudeur »)

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